L’Orgue de barbarie

L'Orgue de Barbarie est un instrument de musique mécanique. Inventé dans le sud de l’Italie au début du XVIIIe siècle, il appartient à la famille des automatophones. Il s’agit d’un instrument mobile attribué aux chanteurs de rue.

ORIGINES ET FONCTIONNEMENT

L’Orgue de Barbarie se compose, schématiquement,d'un système de soufflet, d'une « boîte à vent », et d'un ensemble de mécanismes destinés à amener le vent jusqu'aux tuyaux qui produisent le son. Une manivelle actionnée par le musicien fait à la fois fonctionner le soufflet, la progression du programme et les mécanismes correspondants. A priori, l’actionneur n'a pas besoin d’être un musicien, on parle plutôt d’interprète, puisqu'il lui suffit de tourner la manivelle qui actionne à la fois le soufflet et le mouvement qui actionne le jeu.

QU’EST CE QUE L’ORGUE DE BARBARIE ?

Au début du 20ème siècle, l’orgue de Barbarie accompagne des chanteurs populaires dans les salles de bal, les cafés, les fêtes foraines et parfois les églises. L’orgue de Barbarie est souvent porté en charrette mais il existe aussi quelques modèles en bandoulière. L’appellation en français d’orgue de Barbarie viendrait du qualificatif moins noble que l’orgue d’église ; le terme Barbarie désigne des étrangers, des mendiants ou des pèlerins ne parlant pas bien la langue française.

HISTORIQUE

La boîte à musique est originaire de Sainte-Croix en Suisse. C’est à la fin du XVIIIe siècle que son industrie se développe à l’usine mais aussi à domicile. Au lieu d’utiliser un rouleau à goupilles qui soulèvent les lames du clavier, les artisans de Sainte-Croix ont recours à un disque métallique disposant sous l’une des faces de petits crochets qui, lorsque le disque tourne, entraînent de petites cames disposées aux pointes des lames du clavier. Ce système permet de pouvoir changer facilement de disque et donc de musique.

LES PRÉMICES DU MÉCANISME

Plusieurs systèmes ont été utilisés pour produire de la musique mécanique ; seul le support de la mélodie programmée varie. Le mécanisme des boîtes à musique, différent de celui de l’orgue de Barbarie, se compose d’un cylindre à clous actionnés par un clavier. En tournant la manivelle, les clous, appelés goupilles, soulèvent les lames du clavier pour produire le son.

FABRICATION

Depuis 1865, la manufacture de la famille Reuge développe toutes sortes de boîtes à musique. On y fabrique à la fois des mécanismes miniaturisés grâce à un savoir-faire d’horloger, mais aussi de grandes boîtes à musique capables de jouer des mélodies avec plusieurs rouleaux interchangeables. Tous les éléments sont conçus sur place dans les ateliers de fabrication avant d’être envoyés au montage. Les principales phases sont la réalisation du cylindre, l'ébauche du clavier et son accordage.

MONTAGE

Une fois toutes les pièces nécessaires fabriquées, le finissage consiste à assembler celles-ci pour constituer la boîte à musique afin de faire fonctionner le mécanisme et jouer la mélodie. Une fois cette étape terminée, les artisans ébénistes, spécialisés pour la plupart depuis plusieurs générations, réalisent le coffret contenant le système musical, qui servira à la fois de caisson sonore et décoratif.

LES SYSTÈMES PERFORÉS

Dans l’orgue de Barbarie, le vent produit par les systèmes de soufflets doit être modulé par un organe mobile, qui peut être changé à volonté et qui comporte la mélodie programmée. Ce support de mémoire de la musique est une carte perforée, mais il existe également sous d’autres formes : cylindre, disque, papier de programmation informatique, etc.

LA CARTE PERFORÉE

L’évolution du support de la mémoire musicale est telle qu’en un siècle, le cylindre rigide en relief limitant la durée musicale à quelques révolutions devient une bande plane et souple de papier à perforations pouvant conserver jusqu’à dix minutes de musique. Un premier appareil automatique capable de jouer les pianos carrés de l’époque à l’aide d’une feuille de papier perforée sera breveté en 1841.

LE ROULEAU PERFORÉ

Le noteur est celui qui conçoit le rouleau perforé. Il s’agit de la partition musicale comprenant les trous qui correspondent aux notes des pièces musicales. Chaque répertoire musical est transcrit en notation pour orgue de Barbarie par un compositeur ou un musicien afin qu’il soit adapté au mécanisme. Le noteur réalise le rouleau, grâce à une machine à découpe de papier reliée à un ordinateur. Chaque rouleau est étiqueté et prêt à être envoyé à l’interprète.

LES ANCÊTRES

En 1775, Engramelle invente une manière dite mélographique de calculer et mesurer les notes par des chiffres afin de pouvoir les diviser sur un cylindre pour qu’elles soient jouées par des machines. En 1846, Debain invente à son tour un dispositif composé de planchettes piquées de clous qui, actionné à l’aide d’une manivelle, fait jouer les touches d’un clavier. À l’époque, cette pratique non académique de la musique crée une polémique auprès des mélomanes qui la qualifient de contrefaçon. De nos jours, elle renvoie à la pratique des logiciels de musique électronique.

ÉVOLUTION DU SYSTÈME

Vers le XIXe siècle, de nouveaux systèmes d’écriture et de lecture de la musique font leur apparition : la musique devient automatisée. D’abord par des systèmes artificieux qui font s’actionner les touches du clavier, l’instrument semblant alors jouer tout seul, puis au cours du XXe siècle grâce à l’essor de l’informatique et l’invention des synthétiseurs ; la musique change définitivement de support d’écriture et devient immatérielle, sous forme de séquences de code informatique.

LES SYNTHÉS

En 1930, l’enregistrement phonographique sur vinyle fait son apparition et détrône l’enregistrement sur rouleau. Par la suite, le synthétiseur est inventé et son principe se standardise : la mécanique de relais entre le clavier, qui reçoit les gestes du musicien, et l’instrument, qui déclenche les sons. La liaison entre clavier et générateur de sons véhicule un train d’informations codées à travers un séquenceur, qui mémorise la séquence et l’émet vers le générateur de sons. Synthétiseurs, orgues et pianos numériques fonctionnent sur ce principe ; le séquenceur est une transposition moderne du carton perforé.

RÉSURGENCE

Vers les années 1960, l’Orgue de Barbarie disparaît car la fabrication des cartons perforés se fait de plus en plus rare. Aujourd’hui, son mécanisme a évolué vers un système informatique qui actionne l'ouverture et la fermeture des notes. L’avènement de l’électricité a permis de motoriser les dispositifs et de remplacer certains mécanismes, comme les manivelles, par de l'électromécanique ; aujourd’hui, la musique est électronique.

LES MUSIQUES D’AUJOURD’HUI

La musique préprogrammée ou préenregistrée trouve son essor grâce à l'informatique ; la musique assistée par ordinateur se développe à partir des années 1970. De nos jours, la musique électronique est omniprésente et extrêmement populaire ; les logiciels de composition musicale offrent de plus en plus de possibilités de création tout en permettant aux utilisateurs de s'affranchir des connaissances académiques.

CONCLUSION

Alors que la programmation musicale informatique est considérée comme une pratique moderne et très récente, le principe de son mécanisme remonte aux instruments d’antan comme l’orgue de Barbarie. La musique mécanique et programmée connaît son apogée au XVIIIe siècle grâce à un besoin de transporter et de populariser la musique de clavier en dehors des lieux qui lui étaient spécifiquement dédiés. Au fil du temps, sa pratique s’est généralisée grâce à l’avènement de l’électricité puis de l’enregistrement, et enfin s’est globalisée grâce à l’informatique.