La chambre à fils

Comment valoriser un patrimoine technico-scientifique? Une chambre à fils, entreposée au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) de Saclay, sort de l’oubli par la féérie du bombage multicolore de C215 lors d’une exposition artistique et pédagogique au CNAM.

L'origine de la chambre à fils

En 1968, Georges Charpak, alors chercheur au CERN, invente un nouveau genre de détecteur de particules bouleversant l’avenir de la physique des particules : la chambre proportionnelle multifilaire ou chambre à fils, pour laquelle il recevra le prix Nobel de physique en 1992.
« Par seconde, la quantité de données obtenue (avec la chambre à fils) correspond à 60 ans d’exploitation avec une chambre à bulles. »

La chambre à bulles

D’autres instruments de mesures étaient déjà développés avant la chambre à fils. L’un d’eux était la chambre à bulles. Inventée par Donald A. Glaser en 1952, elle lui valut le Prix Nobel de physique en 1960.

Qu’est ce que la chambre à fils ?

La chambre à fils, mise au point par Georges Charpak en 1968, est un dispositif de détection et de mesure des particules, qui permet d’identifier leur masse et leur charge, de mesurer leurs caractéristiques en énergie et impulsion. Dans un laboratoire du CEA fut trouvé une ancienne chambre à fils du projet NOMAD (Neutrino Oscillation MAgnetic Detector,1991- 2002), qui servit à détecter des neutrinos dans une expérience au CERN (Genève).

Mécanisme de la chambre

Guy Bonnaud est physicien, au CEA, au sein de l’Institut National Science et Technique Nucléaire. La vocation de l’INSTN, depuis 1956, est d’enseigner la physique nucléaire dans sa contribution à l’énergie. Un enseignement à la fois sur l’énergie et sur ce qu’il l’entoure : la radioprotection. Il nous explique ici le système de détection très ingénieux de George Charpack.

Le CEA

Le CEA, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, est constitué de dix centres de recherche en France, dont Saclay, Grenoble, Marcoule et Cadarache. Il comprend 16 110 techniciens, ingénieurs, chercheurs et collaborateurs qui travaillent ensemble sur les sciences de l’atome. Depuis sa création, le CEA constitue un acteur majeur de la recherche, du développement et de l’innovation, au service de grands enjeux stratégiques et industriels de notre pays.

Histoire du CEA

Conscient du rôle majeur de la maîtrise de l’atome pour des applications militaires et civiles, Charles de Gaulle crée le Commissariat à l’Énergie Atomique le 18 octobre 1945. Le premier centre fut à Fontenay-aux-Roses, activant la pile atomique Zoé. Après l’achat de terres à blé à Saclay en 1947, le Centre d’Études Nucléaires (CEN) de Saclay voit le jour en 1952. L’architecture fut en grande partie conçue par Auguste Perret.
«C’est à l’État qu’il appartient de déterminer dans le domaine de la recherche, ce qui est le plus utile à l’intérêt public et d’affecter à ces objectifs-là ce dont il dispose en fait de moyens et en fait d’hommes.»
Charles De Gaulle

Le CEA

Le CEA a quatre missions : la défense et la sécurité, l’énergie nucléaire, la recherche technologique pour l’industrie ainsi que la recherche fondamentale. On y étudie et enseigne l’astrophysique comme la physique des particules, l’optique, la climatologie ou l’imagerie biomédicale.

Abandon

Ce webdocumentaire se concentre sur la chambre à fils utilisée par l’artiste C215. Dans ce cas, la chambre n’est pas une chambre à fils périmée car ce type d’appareil de détection est encore en usage. Mais elle est ici désactivée, démontée, décontextualisée. On n’en a retenu qu’un élément pour en faire un support plastique et didactique.

E=mc215 au CEA

Jean-Luc Sida, physicien a pris le pari de décaler l’image du CEA. Les œuvres de C215 valorisent l’histoire de la recherche en physique fondamentale et en santé à travers les objets et les chercheurs qui ont permis de grandes avancées dans les connaissances.

Résurgence

Sous les bombes de C215 le CEA de Saclay fut le théâtre d’un remploi : produire une mise en récit imagée de l’histoire de la science moderne, de Galilée à Charpak, via Marie Curie et Lise Meitner. Dans un premier temps in situ, en ornant et décorant une architecture austère, des locaux minimaux, des machines fonctionnelles, puis ex situ, en convertissant des objets mis au rebut en œuvres d’art par une personnalisation de chacun. Il ne s’agit pas ici d’un détournement d’objet ou de situation, comme l’art en a connu depuis un siècle maintenant, mais de leur réanimation, au sens où chaque objet remisé, mis hors circuit scientifique, va revenir dans le circuit de l’art comme véhicule de l’âme d’un inventeur dont il va présenter le portrait, ou comme support d’une âme populaire dont il va rappeler les productions grand public.

Le musée du CNAM

Le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) fut crée en 1794 par l’abbé Grégoire pour lutter contre l’ignorance. Ses missions sont de perfectionner l’industrie nationale, de diffuser l’innovation technologique, la culture scientifique et technique, de promouvoir l’esprit de création. Cette école multidisciplinaire forme des ingénieurs in situ, ayant des antennes sur le territoire national ou à l’étranger, ou à distance. Elle présente, à Paris, le musée des arts et métiers qui détient une riche collection d’objets et d’instruments techniques, industriels et scientifiques et organise des expositions innovantes.
« Éclairer l’ignorance qui ne connaît pas, et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaître »
Henri Jean-Baptiste Grégoire

E=mc215 au CNAM

Le succès de la collaboration de C215 avec le CEA, initiée en 2013, s’est poursuivi au Musée des Arts et Métiers. Du 27 janvier au 19 avril 2015, le musée accueillait l’exposition E=mc215. Dialogues entre sciences et art. L’exposition, inédite et discrète, s’est déroulée salle de Genlis du Musée des arts et métiers, lieu choisi par Christian Guémy. L’un des street artistes français les plus connus a pu retranscrire son travail au CEA en dévoilant plus de trente-cinq œuvres présentes à Saclay, variant les supports et jouant avec les œuvres déjà présentes.

Le street artiste C215

Pour Christian Guémy la proposition du CEA était un défi à plusieurs titres, avec un mélange de contraintes fortes, contradictoires et de libre fantaisie. Si C215 est habitué à bomber sur des portes, des boîtes aux lettres, des transformateurs et autres mobiliers urbains, en revanche bomber sur un miroir suppose une technique particulière, et encore plus quand il s’agit de bomber sur de la paraffine, matériau glissant, cassable et fusible, ou sur des objets aux formes irrégulières ou arrondies, exigeant un travail d’anamorphose pour restituer une image plane.

Résurgence

L’œuvre grand format de C215 a deux faces. D’un côté une fresque historique montrant Ader - l’initiateur de la conquête de l’espace -, ses plans et son invention ; de l’autre côté, une fresque allégorique figurant une constante de l’imaginaire humain, d’Icare à Star Trek, l’odyssée de l’espace reliant, comme projection de l’esprit humain hors de ses limites physiques et temporelles, la science des trajectoires cosmiques à l’art de ce désir d’infini.

La chambre visionnaire

Comme l’exposition des objets historiés se tenait dans la salle de Genlis du Musée des Arts et Métiers, C215 souhaitait produire une œuvre de grand format, située à l’entrée de la salle, avec deux faces : l’une visible depuis l’escalier monumental et faisant pendant à l’Aquilon, suspendu dans l’escalier, l’autre visible depuis la salle. L’une rétrospective et scientifico-technique, l’autre prospective et imaginaire.

Conclusion

Ce projet marque la réussite d’une concordance entre un centre de recherches, un musée de divulgation scientifique et un artiste. C215 sut épouser une culture techno-scientifique pour montrer que l’imagination est une capacité d’innovation qui préside à l’invention d’appareils autant qu’elle résulte de leur puissance onirique.

Ouverture

L’art moderne nous a appris qu’il n’y a jamais de rebut, tout objet délaissé pouvant devenir le matériau d’un détournement, d’une appropriation artistique. La résurgence apparaît ici non comme l’actualisation d’un appareil, mais comme la métamorphose d’une pièce réformée en nouvelle habitabilité du monde. Ce cycle des renaissances nous convie à une vie meilleure.