La pellicule 9.5mm

Etudier le Pathé Baby et son dispositif, c’est étudier la naissance d’un format
– la pellicule 9.5–, et à travers ce format, l’émergence du cinéma chez soi
– ancêtre du home cinéma – et du cinéma amateur.

« Nous vous informons que nous avons à l’étude actuellement un cinématographe populaire, d’un prix très minime et de dimensions réduites, que nous croyons susceptible d’être utilisé à la fois comme jouet pour les enfants, et comme appareil de démonstration pour certaines catégories d’enseignement (….)  ».

Charles Pathé, au cours de l’assemblée générale du 16 septembre 1920

Les origines du Pathé Baby

Qu'est ce que le Pathé Baby ?

Dès les années 1920, Charles Pathé a le projet de développer le cinéma à usage domestique : d’une part en cherchant à distribuer ses films et en offrant la possibilité de les voir chez soi, d’autre part, en imaginant l’usage du cinéma et la production de film à un niveau amateur.

Il fait construire, par l’ingénieur Continsouza, un projecteur d’une très grande simplicité d’utilisation, puis une caméra – la caméra Pathé Baby, également très simple dans son maniement, qui est la première caméra pour amateur. Très compacte au moment où elle sort sur le marché, elle permet de filmer de façon immédiate, improvisée ses vacances, ses enfants, les moments important de la vie et de projeter ces images à domicile.

L’amateur a ainsi la possibilité de maîtriser le processus de fabrication du film de la prise de vue à la projection.

Naissance

Grand industriel du cinéma, Charles Pathé a deux usines. Il veut développer son activité : vendre de la pellicule, toujours plus de pellicule, et trouver de nouveaux marchés. Or, un marché n’avait pas ou presque pas été investi : le marché de l’amateur, du particulier. Il restait à Charles Pathé de faire entrer le cinéma dans les foyers. 

Deux contraintes étaient à résoudre : - une contrainte économique : rendre l’appareil et la pellicule accessible aux classes moyennes  - et une contrainte technique : rendre l’appareil manipulable par le plus grand nombre. 

L’idée du Pathé Baby apparaissait. le Pathé Baby devait être « Simple, simple comme un jeu d’enfant »

Mécanisme

Projectionniste, assistante caméra, Anne Gourdet-Mares nous a accueillit au sein de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé pour nous expliquer le mécanisme ingénieux du Pathé Baby.

Matériel associé

Le Pathé Baby était spécialement conçu pour le particulier. De ce fait, tout un ensemble de gadgets (plus ou plus utiles) était à sa disposition. Nous pouvons ici voir une bobine, une mallette servant à ranger les bobines et un kit de développement des films.

Originalité

Le succès du Pathé Baby tient sur plusieurs inventions.
Charles Pathé s'est focalisé sur le film en acétate, ininflammable, bien plus sécurisé que l’ancien film en nitrate qui était inflammable. 
Tout est fait pour que l'amateur puisse faire le développement seul. Il développe ainsi le film inversible où le négatif se transforme en positif sur la même bande. Il n’est plus nécessaire de tirer des copies positives.

Le film est déjà conditionné dans une cassette qu’il suffit simplement de loger dans l’appareil. La cassette contient 9m de film, ce qui, avec un défilement de 16 images par seconde, fait un film d'1minute 20. Durée de film, trop courte pour raconter une histoire sachant que les titres prenaient aussi du temps.Charles Pathé invente alors un système d’encoches, mises sur le côté du film et un système de débrayage faisant reculer les griffes d’entraînement. Le cinéaste peut continuer à tourner la manivelle sans que la pellicule ne défile, véritable arrêt sur image, puis un ressort faisait repartir le système d’entraînement et la bobine se réenclenchait. Les projections duraient alors 4min.

Quelques films

Les evolutions

L’engouement pour le Pathé Baby permit à Pathé de développer tout un ensemble d’améliorations. Les appareils se sont suivis, cherchant à correspondre aux nouvelles attentes des cinématographes nouvelle génération.

Succès

Dès la sortie du projecteur, les ingénieurs travaillent sur la caméra, qui sort 6 mois plus tard.
Le succès fut immédiat grâce notamment à la simplicité d’usage et au côté "prêt à l'emploi" de l’appareil.

Dès 1922, il fait naître de nouvelles vocations auprès de cinéastes amateurs et de cinéphiles. Il est aussi utilisé pour l’enseignement grâce à la grande diversité de films que le catalogue Pathé offrait (documentaires de géographie, d’histoire, de sciences naturelle, vulgarisations scientifique) et grâce à son coût peu élevé.. Avec une dynamo, il s’est même déplacé dans les écoles sous le nom du Pathé Baby Missionnaire. 

Le succès a été mondial, et ce jusqu’à la fin des années 1950, avec le Pathé Europe.  

Abandon

Le Pathé Baby était fabriqué par les établissements Continsouza. Après la guerre, le marché n’est plus le même. Pathé décide de fabriquer lui-même les projecteurs et les caméras. Cela pose des soucis de qualité et de rendement, alors que les Américains importent les appareils Kodak.

Le déclin va être accéléré non seulement par l’arrivée de la télévision, mais aussi par le développement de l’électroménager et d’autre produits de consommation. À ce moment les familles ne consomment plus de cinéma, les désirs d’achat se tournent plutôt vers la machine à laver ou la Citroën DS. Ce sont les trente glorieuses.

Même si le format 9,5 mm était d’ excellente qualité, il a été délaissé au profit notamment du Kodacs Room. Ce nouveau film inversible, en couleur, qui était 4 x moins cher en 8mm qu’en 9.5mm. La couleur a toujours été recherchée en cinéma. Malgré les tentatives de nouveau format, Pathé a perdu le marché.

Conclusion

Appareil emblématique, le Pathé Baby engendre les bases du cinéma à l’échelle individuelle (visionnage et réalisation). Dès 1932 un autre format amateur concurrence le 9,5mm : le 8 mm lancé par Kodak. Ce format représente un sérieux concurrent dans l’après-guerre, concurrence renforcée à partir de 1964 par l’arrivée du Super 8 mm.

Ce qui va mettre un terme à la production des projecteurs et caméra Pathé Baby est non seulement le succès du Super 8 mm – qui devient le format du cinéma amateur– mais aussi l’arrivée de la télévision dans les foyers à partir des années soixante puis de la vidéo dès la fin des années soixante-dix, et aujourd’hui, le développement du numérique.

Le commerce des images mobiles à usage individuel a littéralement explosé depuis les années 1980, laissant le format 9,5 mm et le Pathé Baby subsister seulement grâce la passion des collectionneurs et des cercles restreints d’amateurs.